Analyse comparative des pratiques de l’alimentation dans les zones de forte prévalence versus les zones de faible prévalence de la malnutrition chez les nourrissons de 0-24 mois.
Résumé
Introduction Les pratiques adéquates de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) constituent l’un des socles de l’amélioration de la santé infantile. Ces pratiques seraient cependant influencées par plusieurs facteurs variables selon les régions à l’origine de disparités considérable en termes de profil nutritionnel des enfants de 0 à 24 mois en Côte d’Ivoire. L’objectif général de cette étude était de comparer les pratiques d’alimentation chez les nourrissons de 0 à 24 mois dans les zones de forte prévalence de la malnutrition chronique et dans les zones de faible prévalence en vue d’opérationnaliser les stratégies les mieux adaptées. Il s’est agi d’une étude transversale à visée descriptive et analytique suivant une approche mixte qui s’est déroulée au sein des districts administratifs du Woroba, du Zanzan, de Yamoussoukro et de la Comoé. La collecte des données s’est déroulée sur une période de 12 jours. L’étude a ciblé 695 ménages et 40 prélèvements d’aliments. Le test de Chi2 a permis d’établir les liens entre différentes variables en analyse bivariée et en multivariée la régression logistique a été utilisée. Le degré de significativité des tests statistiques était établi au seuil de 0,05. Pour ce qui était des aspects qualitatifs, les données verbales issues des "focus-groups discussion" et des entretiens individuels ont été transcrites. Une analyse de contenu des données a été réalisée afin de découvrir la manière dont elles font sens. Les analyses microbiologiques ont été effectuées sur les échantillons et ont porté sur la charge microbiologique des germes pathogènes et d’altérations.Au total, 695 ménages ont été enquêtés dans les deux zones dont 414 (59,6%) dans la zone de forte prévalence et 281 (40,4%) dans la zone de faible prévalence. La principale source d’eau de boisson dans les ménages était le robinet (72%) et les toilettes modernes étaient utilisées par 31,4% d’entre eux. Les dépenses alimentaires quotidiennes étaient inférieures à 2000 F CFA pour près de la moitié de ces ménages (45,8%). Les répondants étaient en majorité des femmes (97,8%). Leur âge moyen était de 27,5 ans ± 7,76. Ils étaient non scolarisés pour plus de la moitié d’entre eux (52,2%) et exerçaient une activité (salarié/libérale) dans la majorité des cas (66,9%). La répartition des enfants selon le sexe était presqu’égale dans les 2 zones et leur âge moyen était de 10,82 mois ± 6,7. Les enfants bénéficiaient majoritairement d’une mise au sein précoce en zone de faible prévalence (72,6%). La pratique de l’allaitement exclusif était de 32% [zone de forte prévalence (35,8%), zone de faible prévalence (25,7%)]. Les raisons de non pratique évoquées par les mères étaient le manque de soutien, l’insuffisance de lait entre le 3ème et le 4ème mois et les pesanteurs culturelles. L’introduction des aliments de complément à 6 mois était presqu’égale dans la zone de forte et de faible prévalence avec des proportions respectives de 32,2% et de 32,8%. La proportion d’enfants ayant une bonne diversité alimentaire était élevée dans la zone de faible prévalence (36%) que dans la zone de forte prévalence (29%). La malnutrition aigüe globale chez les femmes enceintes et allaitantes (4,3%) et chez les femmes non enceintes et non allaitantes (15,6%) était plus élevée en zone de forte prévalence. Chez les enfants, la malnutrition aigüe modérée était retrouvée chez 4,3% d’entre eux en zone de forte prévalence et chez 0,7% en zone de faible prévalence. Les facteurs associés en zone de forte prévalence à la mise au sein précoce était la confession religieuse musulmane (OR = 5,24 [1,93 – 14,24]) et l’activité salarié/libérale (OR = 1,78 [1,11 – 2,86]) ; L’allaitement exclusif était plus pratiqué par les mères vivant en milieu rural (OR = 2,87 [1,26 – 6,52]) et par celles sans-emploi (OR = 2,69 [1,15 – 6,27]). La diversification alimentaire à 6 mois était plus fréquente chez les enfants vivant en milieu urbain (OR = 2,05 [1,2 – 3,5]) et dans les ménages ayant des dépenses alimentaires journalières supérieures ou égales à 2000 F CFA (OR = 2,26 [1,34 – 3,81]). La bonne diversité alimentaire était plus observée chez les enfants de plus de 11 mois (OR = 4,33 [2,11 – 8,88]), vivant en milieu urbain (OR = 1,96 [1,08 – 3,58]). Dans la zone de faible prévalence, la mise au sein précoce était plus pratiquée par les mères vivant en milieu urbain (OR = 2,03 [1,14 – 3,59]), l’allaitement exclusif par les mères qui recevaient les conseils sur l’alimentation de l’enfant avant la naissance (OR = 4,46 [1,06 – 18,88]). La bonne diversité alimentaire était surtout observée chez les enfants de plus de 11 mois (OR = 2,55 [1,26 – 5,16]) et ceux dont les mères avaient reçu des conseils de la part de agents de santé sur l’alimentation de l’enfant depuis sa naissance (OR = 3,64 [1,94 – 6,82]). La qualité microbiologique des aliments de complément dans les deux zones d’étude était insatisfaisante. Les pratiques d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant (ANJE) restent toujours problématique dans les zones de faible et de forte prévalence de la malnutrition. Comparativement à la zone de faible prévalence, la zone de forte prévalence avait de meilleurs pratiques d’allaitement en dehors de la mise au sein précoce, cependant la diversité alimentaire y était plus faible. Les facteurs qui influençaient les pratiques d’ANJE étaient d’ordres sociodémographiques, culturels et communicationnel. La prise en compte de ces résultats pourrait servir à l’élaboration de stratégies adéquates visant à l’amélioration de la nutrition du nourrisson et du petit enfant en Côte d’Ivoire.
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